Le Facteur Humain
On entend souvent parler dans les bureaux, dans les congrès, dans les expositions, sur les lieux de travail, de technologies et de méthodes de travail, de produits, d’organisation du travail, des bonnes pratiques, d’évaluation de la qualité. Quand prend-on vraiment le temps de reconnaître à sa juste valeur la contribution indispensable que notre personnel apporte à la bonne marche quotidienne de notre service d’hygiène et de salubrité ?
Et quand on le reconnaît, que fait-on, que fait la direction générale, la direction du personnel, la direction des services techniques ou des ressources matérielles pour prendre action de manière efficace pour prendre soin, pour valoriser notre capital le plus précieux, celui qui réussit à faire la différence, celui qui réussit presque tous les jours, souvent contre vents et marées, à faire des miracles. Très souvent, en effet, nos troupes font des miracles, parce que l’impossible, elles sont déjà en train de le faire dans des conditions très très difficiles.
Vous le savez comme moi, notre personnel a été très éprouvé, pour ne pas dire malmené depuis dix ans. Déjà que le métier ne reçoit pas, ni des autres corps de métier et des professionnels, ni du public, l’ombre d’un semblant de marques de reconnaissance légitime pour le travail accompli. Où notre personnel peut-il puiser sa motivation, sa détermination à se battre chaque jour afin de garder nos édifices propres et salubres ?
Nous avons devant nous, devant nos yeux, le résultat d’années d’inaction, d’indifférence, de négligence, de gestion famélique. Les faits ne manquent pas, ne mentent pas : pas de cartes de compétence, peu ou pas d’accueil, d’orientation et de formation de base dignes de ce nom, pas de secteurs d’attache, ballottés qu’ils sont entre les autres services auxiliaires, des conditions de travail précaires et très difficiles pour les remplaçants, peu ou pas de programmes de dotation, de développement et de valorisation substantiels de cette fonction, pas de remplacement lorsqu’absent, pas de directions qui veulent vraiment de nous, pas de salles de repos vraiment dignes de ce nom. Souvent les salubristes se voient comme des orphelins, des fantômes dans leur propre organisation, des parias dont personne ne veut vraiment. On les considère trop souvent comme un mal nécessaire !
Où trouver pour eux la raison de continuer à se battre, à se dépasser, à demeurer vigilant, à respecter les consignes et les protocoles, à faire la différence dans des situations qui, je le répète, sont fréquemment très difficiles.
Gestion du personnel manquée, préposés manquants. Une équation que je ne cesse malheureusement d’observer dans la majorité des organisations de toute nature qui embauchent des concierges, des manœuvres, des préposés, des ouvriers spécialisés. Étrange constat où on doit se l’avouer, on fait souvent partie, à titre de cadres, davantage du problème que de la solution, du moins en jouant à l’autruche ou en reportant la faute sur les autres. Ceci dit, c’est vrai que les services de gestion du personnel font trop peu, trop tard afin de nous supporter dans ce défi crucial. L’image et l’estime de soi en prennent un coup, sans compter que ces situations amplifient la rareté de personnel. Pour le sentiment d’appartenance, on repassera !
À l’évidence dans beaucoup de milieux, notre « ressource humaine » est en voie d’épuisement prononcé, de démotivation, de démobilisation, d’extinction lente. Dans certains cas, je parle carrément de déshumanisation du milieu de travail en salubrité !
On aura beau rehausser les fréquences de nettoyage, acquérir de l’équipement neuf, ces mesures n’auront que des effets mitigés si l’on ne prend pas des mesures énergiques et continues afin d’appuyer, de soutenir, de valoriser notre monde.
Une fois que cet état de fait, qui me semble pourtant si flagrant, aura été reconnu, il importerait qu’un chantier majeur dans toutes les régions du Québec soit démarré dans les plus brefs délais afin de limiter les dégâts, colmater les brèches et inverser le cours des choses en vue de mettre en place une gestion humaine du personnel travaillant en salubrité. Un signal clair est attendu des directions générales, des services du personnel, des chefs de services de salubrité, des dirigeants d’entreprises de nettoyage, des syndicats. Des démarches doivent être entreprises à court terme avec les établissements d’enseignement qui forment dans plusieurs régions des préposés afin de faciliter des stages, favoriser l’embauche ultérieure, assurer un accueil, une orientation, une formation initiale digne de ce nom.
On doit mettre en place des actions d’évaluation, d’appréciation et de reconnaissance du personnel. Des postes temporaires doivent se transformer en postes réguliers. Les établissements des réseaux de santé, d’éducation et de villes et municipalités doivent investir en vue de développer des formateurs internes, des chefs d’équipe, des leaders qui pourront assurer une certaine vigie, un support humain et technique. Des ressources, des programmes peuvent être mis en place si les établissements de santé, les établissements d’enseignement et les villes d’un même secteur se rencontrent, font l’inventaire de leurs ressources, de leurs moyens d’action. Des synergies, des idées, des ressources peuvent et doivent apparaître. Il y va de la survie de notre métier.
Que le temps des Fêtes de cette année soit pour vous tous un temps de repos bien mérité, de partage et de retrouvailles avec vos proches et de réflexions porteuses d’action à votre retour en janvier 2008.