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Utilisation des microbicides – |
Utilisation des microbicides –
Une arme à deux tranchants
Par Susan Springthorpe, du Centre de recherche sur la microbiologie environnementale de l’Université d’Ottawa
Depuis toujours, l’homme évolue dans un monde rempli de micro-organismes, dont un très grand nombre nous sont inconnus ou n’ont pas reçu de nom, et parmi lesquels une petite fraction constituent des bactéries pathogènes pour les humains. Cependant, la capacité pour un microbe invisible d’handicaper un humain, ou même de provoquer sa mort, peut insuffler une peur instinctive des germes, peur insatiablement nourrie par les médias et les publicités des fabricants de microbicides. Ce n’est que depuis 15 ou 20 ans que l’on insiste pour que tout soit désinfecté à l’aide de produits chimiques, et je crois que qu’il serait important de nous demander si c’est vraiment la bonne chose à faire. Au cours de cette période, l’émergence des nouvelles maladies ne s’est pas atténuée. Qui plus est, on note une recrudescence de la résistance aux antibiotiques. Cette intervention n’a pas pour but de vous entretenir sur les avantages des produits chimiques microbicides, mais plutôt de discuter des inconvénients de l’utilisation des microbicides, de leur toxicité pour les humains et pour l’environnement.
Si l’on tient compte de tous les pesticides qui ont été répandus, on peut compter plus de 20 000 produits et tout autant d’ingrédients actifs différents. Comme c’est particulièrement le cas pour la lutte contre les microbes, le chiffres sont plus petits – environ 8 000 produits et 300 ingrédients actifs – mais seulement 14 ingrédients actifs se retrouvent dans plus de 90 % des produits offerts aux hôpitaux.
Les produits chimiques microbicides sont toxiques et ont été conçus pour tuer. Toutefois, à moins que vous en ingériez certaines quantités, il est peu probable que vous soyez suffisamment exposé au point de subir des effets organiques aigus. Et là, nous ne parlons pas de toxicité vraiment apparente. Les effets sont beaucoup plus subtils et ils se manifestent dans la plupart des cas au niveau cellulaire. Le système immunitaire et les mécanismes de défense sont les cibles premières, ce qui rendrait éventuellement plus vulnérables aux infections les personnes exposées. Les déversements de ces produits chimiques dans les sources d’eau devraient avoir des répercussions similaires au niveau des cellules chez les espèces marines comme les petits invertébrés, les poissons, les amphibiens et même les mammifères. Il existe des exemples d’animaux qui ont souffert d’infection suite à une exposition à des produits chimiques toxiques, bien qu’il existe peu d’études spécifiques aux microbicides qui traitent de ce phénomène.
La toxicité additionnelle des sous-produits qui se forment lors de l’utilisation de microbicides est extrêmement importante. Les microbicides produisent des sous-produits désinfectants parce qu’ils sont des produits réactifs. Ces sous-produits peuvent être plus toxiques que les microbicides originaux, ce qui est notamment le cas avec l’hypochlorite que l’on retrouve dans l’eau potable, ce qui a fait l’objet de très bonnes études. Toutefois, il ne s’est fait aucun examen sur les risques que peuvent représenter les sous-produits issus des autres produits chimiques microbicides.
Les changements dans les populations microbiennes suite à l’utilisation de désinfectant constituent un autre phénomène important. Inévitablement, on s’attaque d’abord aux organismes les plus faciles à détruire, laissant de côté les plus résistants qui, s’ils s’avèrent pathogènes, peuvent représenter une source de problèmes. De plus, il existe des preuves qui suggèrent que les bactéries qui survivent à des expositions sublétales deviennent de plus en plus résistantes aux expositions subséquentes. De toute évidence, il s’agit d’une problématique qui nécessite des mesures de prévention contre les infections de base et qui illustre l’immense capacité des bactéries de s’adapter aux agents stressants de leur environnement.
Une étude effectuée en Californie relève quatre types de microbicides qui étaient responsables de la plupart des maladies professionnelles. Ces quatre agents chimiques sont l’hypochlorite, les chlorures d’ammonium quaternaires, les gaz chlore (plus restreint au traitement de l’eau plutôt que dans les hôpitaux) et le glutaraldéhyde. Les cas d’exposition aux microbicides toxiques en milieu de travail hospitalier peuvent se manifester principalement par la peau ou par inhalation. Les patients pourraient être exposés par le biais d’ingrédients actifs résiduels sur les surfaces, de même que par le biais d’inhalation et d’exposition à des déversements accidentels. Les problèmes observables qui en découlent se présentent généralement sous la forme de réactions hypersensibles, d’eczéma de contact et, dans certains cas, d’asthme. Il est important de toujours faire preuve de prudence lors de la manipulation ou du rangement de ces produits chimiques.
Les composés d’ammonium quaternaire (quats) sont largement reconnus à l’effet qu’ils sont probablement les microbicides les plus employés en Amérique du Nord. Il y a quelques années, nous avions effectué un sondage qui a révélé que ces produits se retrouvaient dans plus de 70 % des biocides enregistrés. Leur premier niveau d’activité se situait au niveau de la membrane microbienne, où ils avaient tendance à piquer la membrane et à la rendre partiellement perméable. Ils présentent souvent pour les humains une toxicité relativement plus faible que l’hypochlorite et le glutaraldéhyde, mais ils demeurent quand même des sensibilisateurs et l’on peut trouver des cas d’eczéma de contact ou d’asthme professionnel suite à une exposition à ces produits chimiques. De plus, ils sont relativement réfractaires aux éclatements du milieu, bien que certaines bactéries puissent y trouver une source alimentaire. On les utilise dans des quantités tellement grandes dans les produits institutionnels, industriels et dans les produits de consommation que je crois que nous les trouverions probablement dans l’eau potable, notamment lorsqu’il se trouve une usine d’épuration des eaux en amont des amenées d’eaux d’égout municipales. Les oxydants non chlorés ont tendance à vouloir prendre le dessus sur les quats ; dans plusieurs cas, les plus connus sont le peroxyde d’hydrogène et l’acide paracétique.
J’ai mentionné l’importance de l’exposition sublétale aux microbicides et les problèmes qui s’y rattachent ; il s’agit d’un point important de souligner. Bien que personne ne s’inquiète de savoir si telles bactéries soient exposées à des toxines du point de vue de la santé des bactéries, ces toxines changent éventuellement ces bactéries comme le font les antibiotiques avec les bactéries. Ils peuvent susciter la résistance. Ironiquement, on utilise souvent les bactéries pour évaluer la mutagénicité (génotoxicité) des produits chimiques, pour ensuite extrapoler sur la mutagénicité chez les humains à partir des résultats. Personne ne porte toutefois attention à l’effet qu’ils pourraient avoir sur les bactéries elles-mêmes. Nous connaissons déjà que le problème auquel nous sommes confrontés avec les antibiotiques qui, après tout, ne constitue qu’une autre toxine. Nous nous devons d’y réfléchir attentivement et, bien que nous ne puissions y faire grand-chose au niveau des hôpitaux, il est important d’au moins comprendre les enjeux.
Pour conclure, tant les humains que les espèces vivant dans l’eau et dans le sol sont exposés simultanément et successivement aux pathogènes et aux produits chimiques, et les risques sont généralement synergétiques. De tels produits chimiques impliqués sont nombreux, dont certains sont des microbicides qui sont dilués une fois qu’ils se retrouvent dans les égouts. Ce type d’exposition augmente avec la fréquence accrue de l’utilisation des antimicrobiens. C’est surtout le cas pour les établissements de soins de santé, mais l’utilisation des microbicides au niveau domestique et autre augmente à un rythme effarent. La toxicologie de nombreux produits chimiques n’est pas suffisamment reconnue et les risques potentiels d’infection par ces derniers sont méconnus. Il existe d’importantes lacunes au niveau de notre connaissance des effets combinés et des expositions potentielles aux produits chimiques et aux microbes dans des conditions réelles. Par conséquent, je considère que la prévention microbienne peut créer autant de problèmes que de solutions. Les stratégies que nous avons besoin de mettre de l’avant doivent rationaliser l’utilisation des microbicides dans les situations où il est possible d’en démontrer les avantages afin de pouvoir évaluer les risques. Il est particulièrement important d’éviter l’exposition problématique des pathogènes aux microbicides sublétaux. Les microbicides sont donc utiles, mais ils sont aussi dangereux. Ils constituent une arme à deux tranchants que nous devons utiliser avec beaucoup de précautions.
Extrait d’une téléconférence de Webber Training présentée le 3 avril 2008 et intitulée « The Human and Environmental Toxicity of Microbicidal Chemicals » (Toxicité des produits chimiques microbicides chez les humains et dans l’environnement). Pour obtenir une reproduction de la conférence sur CD-Extra, communiquez avec Nicole Kenny chez Virox Technologies (
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).
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